Une journaliste indépendante installée en Syrie : « Parmi la population, personne ne veut de cette guerre »

Une interview intéressante puisqu’elle va complètement à contre-courant de ce qui nous est raconté, non ce ne sont pas les syriens qui souhaitent voir Assad tomber mais des mercenaires armés et entrainés par différents pays réunis pour cela, ce ne sont pas non plus de « gentils rebelles » qui se battent pour la liberté du pays mais des jihadistes qui souhaitent imposer leur vision de la religion dans le pays, comme ce fut le cas en Libye et comme cela arrive actuellement en Afrique du nord dont en Égypte. Une petite lecture qui nettoie un peu les neurones de la propagande ambiante…

Traduction : WM pour Solidarité Internationale PCF
Karin Leukefeld

Entretien de weltnetz.tv avec Karin Leukefeld, journaliste allemande indépendante installée en Syrie :

Mme Leukefeld, on entend constamment dans les médias que les insurgés se seraient désormais emparés de la capitale syrienne, qui serait « libérée ». Comment cette libération est vécue par la population syrienne ? Comment la population syrienne perçoit-elle ces insurgés ?

Tout d’abord, je dois dire que cette représentation n’est pas tout à fait correcte. Damas est une ville de plusieurs millions d’habitants, près de deux millions dans le centre, quatre millions environ dans la banlieue. Les insurgés sont forts avant tout dans les communes autour de Damas. Ils y ont livré des combats qui les ont opposé aux forces de l’ordre et à l’armée. La semaine passée, il y eut ce qu’on a appelé l’opération Volcan de Damas, un assaut sur la ville de Damas. Depuis, les rebelles ont bien avancé vers le centre de Damas, prenant d’assaut plusieurs postes de police.

Ainsi dans le quartier où je réside, on a entendu très nettement ces affrontements. Ces derniers jours, les tirs se sont tellement rapprochés que je ne pouvais plus quitter ma maison. Mais ces groupes ont été repoussés après une opération militaire de grosse envergure.

L’armée syrienne utilise tous les armements à sa disposition, chars et artillerie compris. Des hélicoptères auraient été détruits par ailleurs. De ce que j’ai pu voir, je ne peux le confirmer. Mais les dix derniers jours ont été marqués de façon ininterrompue par des opérations militaires de grosse ampleur, dans la périphérie de Damas. Depuis samedi dernier, la ville a toutefois retroué son calme. Les gens essaient de retrouver une vie quotidienne normale. Les marchés ont rouvert, le trafic routier a repris – à un rythme certes moins élevé que d’habitude, mais il faut dire qu’on est en plein Ramadan.

De quel soutien les insurgés bénéficient-ils au sein de la population, et plus précisément dans la population sunnite ?

Je ne demande pas aux gens leur confession quand je leur parle… Je vis actuellement dans un petit hôtel qui était presque vide au départ, mais depuis le début des attaques, il affiche complet. Beaucoup de gens se sont placés avec leurs enfants et un peu d’affaires en sécurité car ils ne savent pas comment les choses vont évoluer. Ces gens n’ont aucune sympathie pour les insurgés armés. Même si ils sentent bien que quelque chose doit changer dans la politique Syrienne, ils rejettent la violence. Dans la banlieue de Damas, par exemple dans des communes comme Jdeideh Artuz, Qutseiya ou Tadmoun, il existe probablement une base de soutien pour les forces armées, sinon ils ne pourraient s’installer dans ces régions comme ils l’ont fait. Et on peut aussi se demander si le soutien de la population est vraiment volontaire. On entend beaucoup de cas d’intimidation. Des cas par exemple de personnes devant fermer leurs magasins. Des appels sont lancés à la population, pour qu’elle prenne les armes et rejoigne les insurgés. C’est un chef de famille qui m’a dit : « J’ai un couteau de famille, pourquoi prendre les armes ! Je refuse. La sécurité de ma famille est la chose la plus importante. »

Je voudrais avoir des informations plus précises sur la situation des minorités ethniques et religieuses en Syrie. A Damas, 15% de la population est chrétienne – comment leur vie a changé depuis le déclenchement du conflit armé ?

Je connais beaucoup de chrétiens en Syrie et j’ai des amis chrétiens ici – dont beaucoup vivent dans la vieille ville de Damas, près de Bab Touma, et c’est plutôt calme par là-bas. Les gens vaquent à leurs occupations quotidiennes. Il y a deux jours, je parlais à un jeune homme qui me demandait : « Que pensez-vous des informations venant de l’étranger », je lui ai répondu :« J’ai l’impression que beaucoup ne savent pas vraiment ce qui se passe ici ». Il était au bord des larmes pour me dire : « Nous ne savons pas quoi faire pour faire passer des informations à l’étranger, sur ce qui se passe réellement ici ». On se sent isolé, incompris, comme si on décrivait la situation d’un conflit dans un autre pays. Je crois que c’est un souci pour beaucoup de gens, qui ont l’impression que, hors de Syrie, on se fait une représentation déformée de ce qu’ils voient, ce qu’ils pensent de leur sort, et qui ne correspond pas à ce à quoi ils aspirent.

On a l’impression que le peuple est broyé entre les différentes parties avec leurs intérêts. D’une part, le gouvernement Assad avec l’armée et ses services secrets, d’autre part, les insurgés soutenus par l’Occident. Quelle influence le peuple Syrien a-t-il sur les événements en Syrie ?

A mon avis, aucune. Les manifestations qui se sont produites en mars, avril et mai 2011, exigeant des réformes politiques, sont désormais hors-jeu. L’opposition politique est elle aussi hors d’état, et la population est elle-même subie à de fortes pressions, d’ordre économique. Pour dire les choses clairement : les responsables de ces pressions économiques sont aussi les sanctions continuellement alourdies par l’Union européenne. Par exemple, il n’y a actuellement plus de gaz pour faire la cuisine. Tous les ménages sont concernés. Les gens doivent attendre jusqu’à six semaine voire plus pour obtenir une bouteille de gaz à un prix abordable. L’essence et le mazout manquent, car les sanctions touchent aussi le secteur pétrolier. Ce qui signifie que la vie quotidienne des Syriens est terriblement affectée par les sanctions, par les problèmes économiques et par la violence, ils n’ont donc plus la capacité de s’exprimer sur le plan politique.

Ce que vous nous décrivez s’applique avec d’autant plus de force à Alep, avec les événements de la dernière semaine. A Alep, il y a une explosion de violence en ce moment. Des compte-rendus font état de 4 000 rebelles qui auraient pris la ville. Quel rôle joue Alep dans le conflit en Syrie ?

Alep est la capitale économique du pays, très importante aussi par sa proximité avec la Turquie et l’Europe. C’est une ville qui se trouve sur la ligne reliant la Méditerranée et l’Asie. Il y a l’autoroute, le chemin de fer, des aéroports, une université. C’est une ville d’une grande importance. Combien de rebelles se trouvent dans la ville, je ne peux le vérifier. Hier, j’ai téléphoné à quelqu’un qui se trouve à Alep, qui m’a dit qu’une bonne partie de la ville est totalement calme. Les batailles se déroulent en périphérie, où les pauvres habitent – dans le sud et le nord-est. Et il m’a dit qu’il y avait des problèmes d’approvisionnement. L’électricité est limitée, le pain rationné, l’essence de plus en plus rare. C’est le même schéma que nous connaissons ici à Damas. Je crois aussi que l’importance d’Alep vient du fait qu’elle s’est révélée d’une neutralité totale au cours des 16 premiers mois du conflit. Comme à Damas, il y eut des petites manifestations sur le campus de l’université, que les forces de sécurité ont violemment réprimé… Mais la protestation ne s’est pas étendue aux trois millions d’habitants que compte Alep. Alep abrite une population très mélangée. Il y a les Arabes, les Kurdes, les Arméniens, les Turkmènes, beaucoup de chrétiens – plus de 20% de la population – et tout indique que la population ne veut pas de ce conflit. Cette guerre, on lui a imposé. Les gens veulent des réformes politiques, cela ressort clairement des nombreuses conversations que j’ai eu sur place. Mais ils ne veulent pas de cet affrontement militaire. Mais désormais la guerre est là, ce qui a sans doute à voir avec la proximité avec la Turquie, d’où les combattants bénéficient d’un appui logistique et militaire, c’est ce que l’on peut imaginer. Si cette ville est prise, on pourrait la séparer du reste de la Syrie et établir une zone tampon réclamé depuis longtemps.

On le sait désormais de source officielle, cela a même filtré dans « Der Spiegel » du 26 juillet, que les États-Unis apportent un soutien militaire au Qatar et à l’Arabie saoudite depuis le mois de mai. Pourquoi l’Occident soutient des régimes fondamentalistes comme l’Arabie saoudite, et tentent de renverser des États laïques comme la Syrie ou la Libye ?

Il y a des raisons géostratégiques. Le Qatar et l’Arabie saoudite possèdent les plus importances ressources et matières premières au monde. Le pétrole, le gaz. Le Qatar et l’Arabie saoudite sont de puissants investisseurs d’économies en difficulté, en Europe et surtout aux États-Unis. Ils sont donc à bien des égards, avant tout sur le plan financier et dans la sécurisation de sources en hydrocarbures, des partenaires clés, que l’Occident veut protéger. Leur dessein est évident, depuis le Qatar et l’Arabie saoudite, construire des pipelines depuis la péninsule Arabique, via la Turquie et vers l’Europe. Et la Syrie serait d’une certaine manière également sur le chemin. On veut casser le lien qui existe entre la Syrie et l’Iran. C’est une situation géostratégique et politique très complexe dans la région. L’ingérence de l’Occident pour moi n’a rien à voir avec l’amélioration de la situation des droits de l’Homme et de la situation économique, mais tout à voir avec des raisons géostratégiques qui expliquent pourquoi on coopère avec certains régimes et qu’on tente de faire tomber certains autres. Je pense clairement qu’on a la preuve désormais qu’ils n’ont pas intérêt à une résolution politique du conflit en Syrie, ils veulent véritablement mener une guerre ici. Des interlocuteurs m’ont dit ici qu’il s’agit d’une sorte de troisième guerre mondiale entre les Etats-unis et la Russie, sur le dos des Syriens, en pays Syrien. Les Syriens vont en payer le prix fort, sans être aucunement associés à la solution du conflit.

Via: sott.net

17 commentaires

  • sylvain

    Il a changé Meyssan,comme quoi une perruque sa change un homme. ;)

    Plaisanterie mis à a part,heureusement qu’il y a des journalistes sur place pour nous rapporter un peu de ce qu’il s’y passe.Merci a eux pour leur travail et le choix qu’ils ont fait de ne pas vendre leur déontologie contre quelques billets.

  • Stella

    D´ici peu, sûr que des orphelinats vont pousser comme des champignons, le Général va encore pouvoir se faire passer pour l´Abbé Pierre en adoptant des orphelins.

    Une attaque en bonne et du forme du blog ne surprendra plus personne, voire une fermeture sommaire. Mais pourquoi, bon sang pourquoi, il n´y a pas de secret d´état pourtant ou alors quelque chose nous aura échappé, pourtant en relisant bien tous les articles, non rien, je ne vois pas, ni personne…

    Voltigeur, ou quelqu´un as t il une idée ? (pas Dudul, on s´en doute).

    Le terme mercenaire est le qualificatif qui se rapproche le mieux.

    On se donne bonne conscience comme on peut…

    À vomir.

    Je préfèrerai manger des patates toute une vie que de voir ca. Remarquez l´un n´empêche pas l´autre.

    Ils pourront toujours arracher leurs médailles, ca ne fera pas revenir les morts.

    Combien de millions ou de milliards ils ont encore envoyé il y a peu ? Je commence à avoir des trous de mémoire…

    Cette journaliste dit la vérité avec limpidité.

    J´ai mis un petit retour en arrière avec les dessous des cartes, bon appétit (c´est très digeste je vous assure).

    Une journaliste indépendante installée en Syrie : « Parmi la population, personne ne veut de cette guerre »

    http://attention-crash-mondial.blogspot.de/2012/08/une-journaliste-independante-installee.html

    Dites, ca sert à quoi tout ca ? Je veux dire informer, sensibiliser ? Dans l´absolu ?

  • zazi

    présentation sucrée qui a un mauvais goût de désinformation.

    –  » des partenaires clés, que l’Occident veut protéger. » : Des complices cri… de l’occident.

    – « On veut casser le lien qui existe entre la Syrie et l’Iran.  » : assassiner, broyer LA Syrie, L’Iran.

    – « établir une zone tampon » : briser, disloquer …

    • sylvain

      J’aimerais voir autant de « désinformation » dans nos médias mainstream.

      • zazi

        Il y a la désinformation pure et dure de nos médias, et la désinformation « manipulatoire » d’autres sources « indépendantes » qui accusent l’intégrisme, les musulmans, la « dictature », la non démocratie, …
        Entre noir et blanc il y a des nuances. Si cet article est intéressant je crois qu’il faut prendre quelaques réserves ! …

      • Mustapha Meunier

        je crois qu’il faut prendre quelaques réserves ! …

        C’est ton avis ma grande ! d’ailleurs t’es qui pour nous imposer subrepticement ton avis…

        Je le dit, OUI l’occident veut broyer, disloquer, assassiner, détruire, annihiler, exploser la Syrie et l’Iran je croyait que cela sautait aux yeux non !?

        bref je remets ce lien fort intéressante et il me semble tout indiquer en réponse à zazi.

        http://korben.info/techniques-secretes-controler-forums-opinion-publique.html

      • plouf

        Mustapha,
        C’est ton avis mon grand ! d’ailleurs t’es qui pour nous imposer subrepticement ton avis

      • zazi

        Je donne juste mon avis, sache que je ne suis pas ta grande et je n’impose rien !

        On est d’accord sur la triste volonté de l’occident, le probléme de l’article c’est justement qu’il minimise la tyrannie de l’occident, j’ai cité trois exemples, il y en a d’autres …

      • Mustapha Meunier

        Au temps pour moi, il apparait que j’ai mal interprété ton commentaire, surement a cause de ce passage

        et la désinformation « manipulatoire » d’autres sources « indépendantes »

        et en réponse a plouf le mot important dans la phrase
        <>

        Est subrepticement !!! chose que je n’ai pas fait, en effet j’ai imposer mon avis sans détour et de façon direct :p

      • sylvain

        Zazi que cette dame n’emploi pas les mots que tu aurais utilisé ne veut pas dire qu’elle fait de la désinformation comme tu le dit si bien entre noir et blanc et il y a des nuances et je pense que justement cette femme nuance sont propos.Il n’est pas facile de faire sonné un autre son de cloche que la machine médiatique mainstream et si elle veut avoir un minimum de crédibilité elle se doit peut être de ne pas tous présenter en noir ou en blanc.

      • zazi

        Oui, tout à fait raison. Mais il faut, je crois, éviter de remplacer les vrais coupables par des moins sensibles, remplacer les vrais raisons par des plus avouables !
        C’était le côté « sucré » qui m’interpellait …

  • N-Lord N-Lord

    Question : pourquoi les USA subventionnent des groupes qu’ils savent à mouvance radicale islamiste?

    Si, si, ils ne sont pas si con que ça à la CIA, ils savent très bien qui ils soutiennent, alors pourquoi le font-ils?

    Qui, quand l’afrique du nord et le proche orient seront quasi intégralement radicalisés, se retrouvera dans le caca? Regardez sur une carte ça saute aux yeux.

    L’Europe est un bâton dans la roue américaine, un fief de culture et d’histoire qui entrave leur contrôle du monde et qui en plus met leur économie sur la sellette…

    Alors quand la France ou autre va aider à renverser les régimes en place là-bas, ben ça fait penser à un condamné qui creuse lui même le trou dans lequel on va le mettre.

    • Surtout que si on considère ce qui est arrivé au gouvernement Lybien, et maintenant à la république de Syrie, on peut très bien imaginer le jour où les amerloques auront décidé que la France les emmerde, n’est plus assez docile, etc, et alors on parachutes des armes aux indépendantistes bretons, on fait croire que les CRS ont commis des atrocités (je sais c’est pas difficile, faut pas les pousser beaucoup !), les journalistes du monde entier répètent comme un seul homme que le « régime » français est un boucher, etc, vous avez la suite sous les yeux.
      (et les anglo-saxons c’est facile de leur faire croire n’importe quoi, je me souviens encore quand j’ai passé en 73 une nuit en Angleterre à Bristol dans un hotel pour pauvres : l’un m’a tout de suite dit « ah ! De Gaulle c’était un dictateur ! »)

  • nico

    Syrie imbroglio autour du crash d’un avion militaire.L’armée évoque une « panne technique » survenue sur un de ses avions lors d’un entraînement tandis que les rebelles revendiquent sa destruction.http://www.lepoint.fr/monde/syrie-crash-d-un-avion-de-l-armee-dans-l-est-du-pays-13-08-2012-1495593_24.php

  • Michèle DRAYE

    Ces sites ont disparu:

    Six forces militaires sont en cours de constitution au plan mondial soit une par continent dont une pour le Moyen-Orient.

    C’est de cette dernière que nous parlons dans cet article ; c’est la plus avancée et, selon ses concepteurs, la plus urgente.
    Son nom de code : Genesis Project

    Son site internet : http://www.uiaf.net/military/Welcome.html
    Pour Genesis Project, sont concernés : Les USA – La Russie – L’Australie et l’Inde :
    – Pourquoi d’abord le Moyen-Orient ?

    Pour répondre à cette question, il faut croiser les informations issues du site Genesis Project avec les informations diplomatiques et géopolitiques. Au nombre de ces informations :
    – un rapprochement Américano-chinois dans le cadre de la crise mondiale – La Chine est le plus gros détenteur mondial de dollars …
    – un rapprochement Obama-Medvedev sur la renégociation de la course aux armements et le bouclier anti-missiles ….

  • Arlette

    Le déclenchement d`une Guerre `humanitaire` contre la SYRIE.
    Lire cet article ici :

    http://mondialisation.ca/index.php?context=va&aid=32294