Berlusconi fossoyeur de l’euro?

On a beaucoup parler d’un éventuel retour aux drachmes en Grèce, d’un retour aux francs en France avec le FN (une hérésie pour l’ensemble du pays), des rumeurs se faisaient entendre quand à la préparation de l’Allemagne à un éventuel retour au marks, mais personne n’avait pensé à l’Italie et un retour à la livre. Brelusconi, politiquement un peu foutu, menace le gouvernement de le renverser et de créer un mouvement de soutient pour abandonner l’euro, une manière de redevenir populaire ou une véritable conviction économico-politique?

Le Cavaliere pourrait prendre la tête d’une coalition faisant campagne pour l’abandon de l’euro par l’Italie.

Silvio Berlusconi et Mario Monti (de dos), en novembre 2011, lors du vote de confiance de la chambre au gouvernement.

Silvio Berlusconi et Mario Monti (de dos), en novembre 2011, lors du vote de confiance de la chambre au gouvernement. © Gregorio Borgia/AP/SIPA

« On criera au scandale, mais aujourd’hui, l’hypothèse de l’abandon de l’euro par l’Italie n’est pas un blasphème « . C’est Silvio Berlusconi qui a jeté mercredi ce pavé dans la mare de la crise européenne. Ce n’est pas la première fois que l’homme qui présidait aux destinées de la péninsule jusqu’au 16 novembre dernier prend ses distances de l’euro. Le 1er juin, le Cavaliere avait écrit sur sa page Facebook : « Si Angela Merkel refuse que la BCE fasse marcher la planche à billets, on devrait avoir le courage de dire ciao et d’abandonner l’euro tout en restant dans l’Union. Ou alors c’est l’Allemagne qui devrait quitter la zone euro. »

Un scénario qui donne des sueurs froides aux économistes. La sortie de l’Italie de l’euro serait immédiatement suivie d’une dévaluation de 20 à 40 % de la « nouvelle lire ». Si l’exportation en bénéficierait, le coût de la facture énergétique et du financement de la dette exploserait, l’inflation s’emballerait. Mais le Cavaliere persiste et signe. Il organisera le 15 juillet prochain un séminaire auquel il a annoncé la participation de « plusieurs Prix Nobel d’économie ».

Ultimatum

Berlusconi n’a jamais été un ardent défenseur de l’euro. En 1996, il a milité contre l’adhésion de l’Italie à la monnaie commune et contre la « taxe européenne » instaurée par Romano Prodi afin de permettre à la péninsule de rentrer dans le club de l’euro. Durant son dernier mandat, entre 2008 et 2011, il a régulièrement accusé l’euro d’être responsable de la faible croissance de l’Italie, car il empêchait de recourir à la dévaluation.

Et qu’on ne s’y trompe pas : les propos de Berlusconi ne sont pas les divagations d’un leader rangé des affaires qui occupe son temps à écrire ses mémoires. Le gouvernement Monti dépend, en effet, au Parlement des voix des élus du Peuple de la liberté (PDL), formation de Berlusconi. Or la crise économique et financière provoque un mécontentement général et les électeurs du PDL ne comprennent pas que leur parti soutienne le gouvernement Monti. Non seulement ce dernier a, de leur point de vue, usurpé le pouvoir, mais sa politique d’austérité saigne les ménages italiens. Résultat : les intentions de vote en faveur du PDL ont chuté de 35 % en 2009 à 17 % aujourd’hui. Le parti de Berlusconi est désormais la troisième formation du pays, derrière le Mouvement à 5 étoiles (M5S) du comique Beppe Grillo !

Silvio Berlusconi doit stopper cette hémorragie. Il a donc fixé un ultimatum à Mario Monti : si, au sommet de Bruxelles des 28 et 29 juin, Angela Merkel n’assouplit pas la politique financière européenne, il fera tomber le gouvernement en vue d’élections anticipées à l’automne. Et il prendrait alors la tête d’une coalition qui fera campagne pour l’abandon de l’euro.

Source: lepoint.fr

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