L’Otan se dote d’un bouclier antimissile

Mise en route du mode « paranoïa » pour l’Europe qui se sent menacée par le Moyen-Orient, et cela va nous couter combien? Un maximum, tout simplement! Mais cela fait vendre des armes, faire marcher l’industrie, fait circuler l’argent….

Sommet de l’Otan à Chicago © reuters.

Les dirigeants de l’Otan ont approuvé dimanche un vaste paquet de mesures visant à doter l’Alliance atlantique des capacités de défense requises pour affronter à l’horizon 2020 les menaces potentielles contre leur sécurité – comme les missiles balistiques venus du Moyen-Orient – et pouvoir jouer « un rôle clé dans la promotion de la sécurité dans le monde ».

 

 

Au premier jour de leur sommet à Chicago, ils ont ainsi symboliquement déclaré opérationnelle la première phase du bouclier antimissile destiné à protéger l’Europe de tirs provenant de l’extérieur du territoire de l’Alliance et lancé l’initiative « Smart Defence » (« Défense intelligente ») visant à améliorer, par la coopération multinationale, les capacités militaires des alliés.

Défis géostratégiques
« Nous devons assumer cette responsabilité alors que nous sommes aux prises avec une crise financière grave et que nous sommes confrontés à des défis géostratégiques en constante évolution. L’Otan nous permet d’assurer un niveau de sécurité plus élevé que celui que pourrait atteindre un allié qui agirait isolément », indique une déclaration approuvée par les 28 chefs d’Etat et de gouvernement.


Défense des Etats membres
Selon eux, la capacité intérimaire de défense antimissile balistique dont dispose désormais l’Otan « est la première étape de la mise en place d’un système de défense antimissile qui protégera le territoire, la population, et les forces de tous les pays européens membres de l’Alliance contre les menaces croissantes qu’engendre la prolifération des missiles balistiques, sur la base des principes de l’indivisibilité de la sécurité des Alliés ».

Annonce
« Aujourd’hui, à Chicago, nous avons déclaré que c’était une réalité », a lancé le secrétaire général de l’organisation, Anders Fogh Rasmussen, devant la presse, en faisant référence à la décision de doter l’Alliance atlantique d’un système de défense antimissile prise lors du précédent sommet, à Lisbonne en novembre 2010.

Quatre étapes
La « capacité intérimaire » annoncée dimanche – encore embryonnaire – est la première des quatre étapes devant mener à la mise en oeuvre complète d’un bouclier antimissile, basé sur une technologie américaine, dans huit à dix ans, selon M. Rasmussen.

Réseau
L’Otan fera ainsi appel dans un premier temps d’un radar installé en Turquie et de missiles de type Standard SM-3 installés à bord de navires croisant en mer Méditerranée, reliés par de nombreux réseaux de télécommunications par satellites. Le poste de commandement est installé à Ramstein, sur une base américaine en Allemagne.

A terme s’ajouteront des intercepteurs implantés en Pologne et en Roumanie, des missiles Patriot que possèdent plusieurs alliés et des radars d’alerte avancée encore en développement.

Les critiques de la Russie
Ce projet est vivement critiqué par la Russie, qui le considère comme une menace pour sa sécurité et exige d’être associée au système ou, à défaut, de recevoir des garanties que celui-ci ne vise pas sa capacité de dissuasion. Ce que dément l’Alliance, qui tente de convaincre Moscou de coopérer pour se défendre d’ennemis potentiels communs, comme l’Iran ou d’autres pays dotés de missiles balistiques.

Smart defence
Les dirigeants alliés ont également avalisé le nouveau concept de coopération multinationale, baptisé « Smart Defence ». Ils ont approuvé une vingtaine de projets de coopération, de dimension modeste mais pouvant être mis en oeuvre rapidement, la plupart portant sur la formation ou les services, comme un meilleur partage des munitions de précision.

« Pooling and sharing »
L’Otan se concerte avec l’Union européenne – qui a lancé une initiative similaire baptisée « Pooling and Sharing » – en français « partage et mutualisation » – pour éviter des doublons, notamment en ce qui concerne les hôpitaux de campagne déployables et l’achat d’avions ravitailleurs en vol.

Financement
Au sein de l’Otan, la Belgique n’a pas encore décidé de participer au moindre programme, dans l’attente d’informations sur les coûts, a expliqué un expert à l’agence BELGA

Achat de drones
Les pays de l’Otan ont enfin signé dimanche un contrat pour l’acquisition de cinq drones (avions sans pilote) « stratégiques », capables de suivre la situation au sol depuis une altitude de 18 kilomètres, dans le cadre du programme AGS (« Alliance Ground Surveillance » de surveillance terrestre aéroportée).

L’absence de moyens de renseignement de ce type avait une nouvelle fois été mis en évidence lors de l’intervention de l’Otan en Libye l’an dernier.

Arsenal
Pour pallier cette lacune, les 28 pays alliés se sont accordés sur l’achat, mais par quatorze d’entre eux seulement, d’une flotte de cinq avions sans pilote « Global Hawks » du groupe américain Northrop Grumman pour doter l’Alliance d’un système AGS, un projet souvent retardé mais qui devrait enfin aboutir en 2015.

L’achat des drones et des équipements associés, ainsi que la formation du personnel, représente un coût de plus d’un milliard d’euros, selon l’Otan. Les coûts de fonctionnement de l’AGS au cours des vingt prochaines années seront supérieurs à deux milliards d’euros, a précisé un de ses responsables.

François Hollande rassuré
Le président français François Hollande s’est déclaré dimanche rassuré sur les conditions de la mise en place par l’Otan d’un bouclier antimissile, estimant que ses « réserves » initiales sur ce projet « en définitive ont pu être levées ».

« J’avais moi-même au cours de la campagne présidentielle évoqué un certain nombre de réserves (…) qui en définitive ont pu être levées », a déclaré M. Hollande au soir du premier jour du sommet de l’Otan à Chicago.

« La défense anti-missile ne peut pas être un substitut à la dissuasion (nucléaire, Ndlr) mais un complément (…), il doit y avoir un contrôle politique de son utilisation (…) nos industriels doivent être directement intéressés à la réalisation des équipements nécessaires et, enfin, il doit y avoir une maîtrise des coûts pour qu’il n’y ait pas de dérive financière qui serait d’ailleurs insupportable pour les budgets des pays de l’Alliance », a-t-il énuméré.

« Sur ces quatre principes, le communiqué final nous donne satisfaction », a résumé François Hollande devant la presse.

Le président français a en outre insisté sur le nécessaire dialogue avec la Russie. « Il ne peut pas être question que des pays puissent être menacés par ce dispositif antimissile », a-t-il dit, « le dialogue avec la Russie devra être poursuivi (…) ce que je souhaite, c’est que les pays qui sont proches de (ce système) puisse être totalement rassurés ».

Source: 7sur7.be

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