Ils vont chauffer 680 foyers avec leurs déchets..

Les frères Quaak, connus pour les 1 800 m2 de panneaux solaires qui couvrent les toits de leur ferme, relèvent un nouveau défi : ils vont fournir en méthane cinq villages alentour.

Leur projet pilote est unique en France. Mauritz et Jacques-Pierre Quaak, qui exploitent la Ferme d’Arcy à Chaumes-en-Brie, sont en train de créer une unité de méthanisation qui transformera les biodéchets de la ferme et des alentours en gaz. Celui-ci sera injecté dans le réseau GRDF. « Nous fournirons du gaz aux cinq communes voisines : Chaumes-en-Brie, Verneuil-l’Etang, Guignes, Yèbles et Ozouer-le-Voulgis », explique Jacques-Pierre.
« L’unité produira le gaz nécessaire au chauffage et à l’eau chaude de 680 foyers par an », précise Mauritz.  

Il existe une quarantaine d’usines en France. Mais c’est la première fois que le méthane produit par une telle unité agricole sera injecté dans le réseau classique de distribution du gaz. Les deux frères viennent de signer avec GRDF le premier contrat du genre. Les travaux de terrassement ont débuté en avril, et le génie civil est prévu ce mois-ci. Le tout doit être prêt pour fin 2012. Le conseil régional d’Ile-de-France vient de leur attribuer une subvention de 467000 €, soit environ 10% de leur budget (4,9 M€), qui a aussi reçu l’aide de l’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie (Ademe), de la direction régionale de l’agriculture et de l’organisme de financement Oséo.

Concrètement, les frères Quaak collecteront leurs déchets naturels (tonte de pelouse, excréments des 500 bovins, poubelles de cuisine…), les déchets agroalimentaires des fermes et cantines environnantes par exemple. Ils y ajouteront les feuilles et tiges des céréales qu’ils cultivent lors des périodes de repos de leurs terres (sorgho, avoine…).

Près de 30 t de déchets seront placées chaque jour dans une citerne en béton chauffée à 37° C. « Brassée régulièrement et privée d’oxygène, la matière s’y dégradera rapidement et générera du méthane. La partie solide restante deviendra un engrais naturel qu’on épandra sur nos terres.

En fait, on recrée ce qui se passe dans la panse de la vache quand elle digère », résume Mauritz. Une partie de ce « gaz vert » sera utilisée pour chauffer l’installation à 37°C. Le reste, environ 120 m3 par heure, sera injecté dans le réseau après avoir été racheté par un distributeur.

« Nous pourrons gérer la quantité de gaz créée, donc garantir la production d’une énergie constante qui réponde à la demande, ce qui est impossible avec l’éolien ou le solaire. L’été, par exemple, on divisera notre production par deux et cela saturera quand même les besoins du réseau de gaz concerné, souligne Mauritz. Et ce gaz vert limitera notre dépendance au gaz naturel, une énergie fossile aux ressources limitées. »

Si le projet paraît simple sur le papier, il s’est révélé très complexe sur le terrain. « Cela représente cinq ans de travail, confie Jacques-Pierre. Comme il n’existait aucun précédent en la matière, il a fallu obtenir des arrêtés tarifaires, préparer des contrats d’achat, d’injection et de raccordement, obtenir les financements… D’ailleurs, le budget n’est pas encore totalement bouclé. »

Mais, à force de ténacité, les deux agriculteurs sont aujourd’hui devenus experts en procédures administratives. Ils s’y étaient déjà frottés en 2009 en installant 1800 m2 de panneaux photovoltaïques sur les toits de leur ferme.

Auteur : Marine Legrand

Source : www.leparisien.fr via TerreSacree

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