Argentine, la pauvreté des Indiens..

C’est un apartheid-kaléidoscope qui surprend en Argentine. Certes, pas d’écriteaux sur lesquels on pourrait lire : »interdit aux chiens et aux Indiens », pas de places séparées dans les bus, c’est un apartheid plus subtil, qui se répand de façon naturelle, c’est la discrimination et l’exclusion des Indiens qui créent une séparation d’office.

 

Comme un kaléidoscope en observant les prismes de très près on aperçoit des nuances particulières au coeur de la société argentine; un interlocuteur me rétorquait que dans ce pays il y a quatre classes.

Il y a d’abord, les Européens et leurs descendances d’origine allemande, française, suisse, anglo-saxonne et des pays de l’Est au sommet de la pyramide, puis la deuxième catégorie, les Européens d’origine latine tels Espagnols et Italiens, ensuite viennent les Indiens et l’ultime catégorie, les restants de la colère de Dieu; les Boliviens, les Paraguyens, soit, tous les misérables qui viennent en Argentine, Eldorado de l’Amérique latine.

A l’intérieur des trois premières catégories, la répartition politique se résume, toujours selon mon interlocuteur d’origine arabe et arménienne à , péronistes pour les colorés, radicaux pour les Blancs et conservateurs pour les ultra-blancs. Voilà pour le kaléidoscope.

En Argentine comme au Mexique ce ne sont pas des ombres chinoises qui se projettent sur la société entière, mais des ombres indiennes qui envahissent les moindres recoins de cette civilisation sud-américaine. Une culture indienne effacée mais qui résiste à tous les niveaux, langues, cultures, traditions.

Des ombres qui ressurgissent et qui teintent l’inconscient collectif de cette tentative d’effacement et comme pour les morts, leur absence envahit tout l’espace, l’Indien a laissé partout ses traces, il a envahi l’espace et la civilisation érigée sur sa propre civilisation d’une façon subtile.

Moi, j’observe ces visages impassibles qui ne se laissent pas décrypter, rien, pas une expression, pas un seul regard à accrocher et susceptible d’être interprété. Une forme de résistance silencieuse qui signifie: » on ne donne plus rien à l’ennemi ».

Je les vois plonger, ces Indiens, le nez dans la poubelle à fouiller les détritus pour extraire tout ce qui peut être bon à récupérer et à trier pour le recyclage. Ou alors, à Carilo, au bord de l’Atlantique, ces femmes indiennes assises sur ces bancs, une trentaine qui chaque matin attendent qu’un employeur vienne les chercher pour une heure ou deux de travail, ou pour la journée, ou pour la semaine, payées entre 10 et 15 pesos de l’heure.


Image http://www.tripalbum.net
Ce sont des journalières, elle reviennent tous les jours s’asseoir sur ces bancs et attendre qu’on les choisisse. Un marché aux esclaves moderne, c’est la galère du travail journalier qui ne permet pas de projeter quoi que ce soit pour l’avenir.

Et avant-hier en marchant, j’observe ce jeune couple d’Indiens, la tête plongée dans les poubelles, leurs deux petits enfants assis par terre sur le trottoir en train de jouer avec des cartons, le couple est jeune.

Je leur dis qu’ils représentent une « jolie famille », malgré la misère, dans ce tableau, on sent la force de vie, la puissance de survie qui créera un futur malgré l’exclusion et ces deux petits assis au milieu du trottoir.

Et depuis l’invasion espagnole, je reste surprise des efforts de l’église catholique pour convertir-soumettre ces « bons petits sauvages indiens » pour leur apprendre à courber encore davantage l’échine et accepter avec béatitude leur sort et qui prient le Dieu des blancs avec ferveur en espérant qu’Il sera aussi généreux avec eux, la tête plongée dans le bénitier, ils implorent la Vierge Marie d’être leur mère à tous.

Au chant d’Ave Maria, ils défilent, mendiants fiers et orgueilleux, cette armée de gueux qui attend que le Dieu des Blancs daigne leur jeter un regard miséricordieux.

Le jour où on leur enlèvera l’opium du peuple et on leur sortira la tête des fumées d’encens aveuglantes, le jour où eux aussi voudront l’égalité, la fraternité et la justice pour tous, on verra des révolutions qui ne seront pas celles arabes du printemps mais celles d’un été rouge flamboyant, d’un rouge-sang, une révolution aux couleurs de la colère et de l’injustice trop longtemps contenues.

Oui, les Indiens d’Amérique latine sont une vraie bombe à retardement et le cours de l’Histoire nous rappelle qu’on finit toujours par payer des années d’injustice et d’exclusion.

Que souhaiter pour 2012 ? Qu’à l’heure des satellites, des fusées, des portables, de la technologie de pointe, de nos civilisations si férues de justice et d’équité, que l’on cesse de voir des femmes, hommes, enfants devoir fouiller des poubelles pour survivre.

Que pour 2012, on se rende compte que nous évoluons tous dans la même eau, si certains pourrissent au fond de l’aquarium, notre environnement de vie tout entier s’en ressentira.

Nous sommes condamnés à être solidaires, c’est une nécessité de survie pour tous. Donc continuons à lutter de toutes nos forces contre la misère et l’exclusion.

Auteur : Djemâa

Source : regardscroises.blog.tdg.ch partagé avec Sauve-La-Terre

Crédit image http://www.tripalbum.net/

 

 

 

10 commentaires

  • B

    Pas obligé de faire 8 gosses non plus !

    • engel

      B majuscule en grec ancien : « Grand béta »…

    • Bouffon

      C’est le schéma psychologique classique.
      les riches ne trouvant plus de sécurité dans la famille et l’amour choisissent l’argent, les gens sans argent choisissent la sécurité dans la famille et l’amour.
      Autrement, tu peux essayé de leur vendre une assurance anti-crise.

    • delphine

      salut à tous

      cela ce saurait 
      s’il suffisait de faire beaucoup d’enfants pour être heureux
      quand on croupit dans la misère

      dans la plupart des pays du Tiers monde, comme CHEZ NOUS
      les enfants sont les assurances retraites des adultes,
      les petites mains qui pourront bosser dés qu’ils tiennent sur leurs petites jambes

      ne vois aucun jugement de valeur dans ce triste constat 
      mais simplement le fait que si nous étions capables de réorganiser l’économie mondiale au bénéfice de TOUS,

      plus personne ne finirait par faire des gosses
      tout simplement
      PARCE QU’ILS N’ONT PAS D’AUTRES SOLUTIONS ACTUELLEMENT POUR LEURS VIEUX JOURS.
      quand à l’histoire de l’amour parents/enfants
      c’est un luxe de pays riches.
      c’est un concept assez récent,
      une fois encore il faut étudier l’histoire
      pour comprendre le monde,
      un petit peu.

    • Pour les 8 gosse, je suis d’accord en France. Si en France t’es au smic, et ta femme bosse pas, effectivement, je ne comprend pas les gens qui offrent ce types de vie à leurs 8  enfants.  Maintenant, en Argentine, il n’y a pas autant de pillules, d’éducation, etc etc, donc, c’est plus dur pour eux de n’avoir que 2/3 enfants….

      • delphine

        Bien sur,

        mais là aussi la culture joue à fond et il ne faut pas oublier
        que
        quand l’Occident  leur à apporteé les vaccinations pour les enfants
        on a oublié d’ajouter les préservatifs!

        avant les gens avaient beaucoup d’enfants et beaucoup mourraient en bas âge, c’était vraiment la loterie de la survie des plus forts.
        aujourd’hui la mortalité infantile mondiale a beaucoup diminué
        mais la natalité non,
        du moins pas dans la proportion qui permettrait un équilibrage.
        sans oublier le rallongement de la vie
        on va la vraie surpopulation à grands pas,
        sans garantir la qualité de vie
        bien au contraire.

        quand aux femmes qui font beaucoup d’enfants en France actuellement,
        à la retraite, 
        chaque enfant elevé compte pour deux années de points retraite.
        tu fais 10 gosses, t’as déjà 20 ans garantis….
        et t’es même pas obligée de les élever correctement… 
        un bon plan,
        si tu rajoute la reversion éventuelle en plus! et
        avec 10 gosses il y en aura toujours un pour t’entretenir!

  • engel

    Religion : ASM…arme de soumission massive.

    Dixit : »Oui, les Indiens d’Amérique latine sont une vraie bombe à retardement et le cours de l’Histoire nous rappelle qu’on finit toujours par payer des années d’injustice et d’exclusion ».
    -Oui, on aimerait!… mais, l’histoire des peuples et des civilisations nous prouvent malheureusement tout inverse.

    Commentaire déja émis en ces lieux: Dans le même genre, le génocide des civilisations d’Amérique du sud par les Espagnols et les Portugais n’est pas mal non plus.
    Plus de 35 millions de morts en un peu plus de deux générations !
    Armes employées : Armes à feu, blanche, biologique, famine, déportations, alcool, religion…

  • homme des bois

    L’histoire argentine est importante a comprendre avant. Buenos aires était une région déserte avant l’arrivé des blancs. presque pas d’indiens. d’ailleurs ils ont un proverbe pour ça : « les mexicains descendent des aztec, les péruviens descendent des mayas, les argentins descendent du bateau » les blancs sont là bas en très large majorité depuis que cette ville existe.
     
    les indiens guaranis habitaient dans le nord du pays et araucos dans le sud. Ils sont restés très longtemps dans leurs campagnes, mais maintenant ils arrivent en ville. alors il faut savoir que l’argentine c’est 5 fois la France et 40 millions d’habitants, la moitié du pays vit à Buenos aires… 20 millions, et la campagne et la ville ne se supportent pas. question de mode de vie. Les indiens qui font les poubelles ne sont pas là pour très longtemps à la base, ils partent de chez eux car ils n’ont pas de terre, pour trouver de l’argent en ville, puis repartir à la campagne. sans aucune envie de rester en ville. d’ailleurs on ne vois jamais de vieux faire ce travail. les vieux sont repartis. mais ça a quand même donné en ville une caste d’éboueurs et de d' »esclaves » pour boulot de merde, puisque sans diplômes et d’une culture complétement différente.
     
    Le racisme anti indien il y en à bien sur, mais c’est franchement pas très développé. même si c’est vrais, comme ils sont pauvres et vivent dans la merde ils ont plus de chance de faire des conneries. surtout les enfants des campagnards qui sont nés en ville. c’est ceux là qu’ils appellent les « negros » (mauvais indiens quoi) Mais rien à voir avec la France. Les argentins ont leurs racailles, mais ce sont des racailles plutôt pacifiques. disons que si ils t’emmerdent c’est pour te voler quelque chose. ils ne le feront pas juste pour te faire chier comme les wesh de par chez nous. et ça j’aime déjà mieux. Perso en me promenant pendent 4 mois à BsAs sans faire vraiment attention il ne m’est vraiment rien arrivé de mauvais. Une fois sur deux quand je passe la nuit dehors à Paris je tombe sur une bande de cons.
     
    Faut voir aussi qu’une grande partie de ces indiens font de petits artisanats, des trucs très jolis qu’ils vendent « a la sauvette sur le trottoir » Il y a même des cours gratuits proposés par le gouvernement pour apprendre ces artisanats, et les vendeurs sont tolérés.
     
    Il y a aussi la prostitution… mais vraiment très discrète. en quatre mois j’ai pas vu une seule fille qui fait le trottoir (ou alors j’ai mal regardé). en général les filles ont un « manager » qui distribue dans la rue aux passant une photo d’elle et son numéro de téléphone personnelle. J’ai rencontré là bas une fille qui faisait un documentaires sur les prostituées. elle m’a dis qu’elles étaient en majorité libres, mais pas très bien au courant de l’usage des capotes et des prix,.. Elles se font avoir et chopent toute sortes de maladies, et des enfants….
     
    Et puis entre autre, on m’a dis que les « éboueurs » qui ramassent les cartons avec leurs charrette n’étaient pas tellement à plaindre parce qu’ils gagnaient un assez bon salaire et ne faisaient pas ça toute leur vie.. Question de point de vue mais quand ils rentrent chez eux, ils s’achètent une terre pour leurs vieux jours. Si ça rapportait pas, ils ne le feraient pas. Une bonne partie d’entre eux on de quoi s’acheter un cheval.
     
    je voulais juste moderer une peu l’article ^^
     
    Salut.

  • homme des bois

    et je rajoute aussi que comparé à Paris, ils sont très peu à dormir dans la rue. (pourtant le climat est plus chaud) On en vois de temps en temps, en famille, c’est vrais. petite différence avec chez nous.
     
    Ils ne veulent pas vivre en ville et sont là seulement pour gagner du fric. une partie se fait attraper par la ville et reste, l’autre partie retourne dans son village.
     
    C’est eux les vrais révolutionnaires d’Amérique latine. Ils sont fiers de leur culture et n’ont rien à foutre (pour une partie) du mode de vie des blancs.

    • delphine

      +1 homme des bois

      tout à fait exact
      en fait ils ont appris à utiliser les failles du système et se débrouillent comme ils le peuvent,
      mais au fond ils n’ont pas besoin de nous.

      les occidentaux ont parfois tendance à instrumentaliser la pauvreté des autres pour se donner bonne conscience avec des ONG, des missions, etc….

      regardez du coté des indiens que l’on a été « sauver de la pauvreté et de la sauvagerie »
      on leur refile nos vaccins périmés, nos prostituées out, nos frigos (comme s’ils en avaient besoin!!) nos caca cola, et même des mobiles
      pour communiquer qu’ils disent….
      alors que nous aurions de vraies leçons d’humanité à prendre de tous ces peuples au lieu de prétendre arriver avec notre business prétendument civilisateur.