Un cancer, plus de toit ni d'aides sociales

Voilà un article qui m’a fait bondir!!! Merci à Voltigeur de me l’avoir mit sous les yeux. On se demande parfois pourquoi je râle sur ce pays, sur ces politiques incapables et manipulateurs, voilà pourquoi!!! Chaque jour il y en a un qui vient nous faire la leçon, parlant de l’accueil des étrangers sur le territoire, de la France qui sait si bien accueillir autrui, mais cette même France est à l’heure actuelle incapable de s’occuper de ses propres habitants, et ils veulent s’occuper des autres???


Madame B. a été mise à la porte du logement qu’elle louait à Paris en décembre 2009. Elle était à la rue et le cancer la rongeait. Son propriétaire n’a rien voulu savoir. Elle a ensuite tenté, en vain, tous les recours auprès des services sociaux.

Finalement, elle a dû quitter Paris pour habiter chez des amis, à gauche et à droite. C’est dans le Sud de la France qu’elle a suivi plusieurs chimiothérapies. Blogueuse, elle a tenu à porter ce message dans le débat public, de manière anonyme. Elle est aujourd’hui décédée des suites de sa maladie. Notre blogueuse au Chili, Cristina L’Homme, nous a fait parvenir son poignant témoignage qu’elle a recueilli le mois dernier.

La première fois que j’ai fait une demande de logement, c’était en janvier 1995. J’avais un cancer au sein, et j’ai été classée « prioritaire pour raisons de santé ». Pourtant, ce n’est que neuf années plus tard, en 2004, que l’on m’a proposé un local.

C’était un vrai trou à rats qui ne correspondait pas aux normes d’un logement décent : la moitié de la surface (26 m2) était mansardée et je ne pouvais me tenir debout que dans le couloir ou dans la salle de bain-W.-C.

Ne pouvant pas vivre pliée en deux, j’ai demandé que l’on me propose autre chose. Je n’ai pas eu de réponse.

« Je me suis retrouvée à la rue »

Cinq années plus tard, en août 2009, j’ai appris la récidive de mon cancer en même temps qu’une sommation à prendre congé du logement que j’occupais en tant que locataire à Paris. Il me fallait quitter les lieux le 31 octobre mais je ne pouvais pas trouver de logement sur le marché privé.

La chimio m’a beaucoup affaiblie, j’ai perdu mon emploi et n’ai donc pas de bulletin de salaire : je n’offrais donc pas les conditions requises sur le marché libre du logement.

J’ai été hospitalisée à plusieurs reprises, j’ai demandé au propriétaire de reculer le moment du départ mais il a refusé. Et je me suis donc retrouvée à la rue avec mes quelques affaires entassées dans un garde-meubles.

C’est là que j’ai commencé la tournée des hébergements chez des amis. Les nuits sur les divans ou par terre. A Paris d’abord, puis en province, où j’ai démarré une nouvelle chimio. Je ne souhaite à personne de devoir faire face à une chimio tout en vivant dans une telle précarité.

J’étais persuadée qu’étant donné l’urgence de ma situation, les services sociaux allaient m’aider à trouver un logement. J’avais tort.

Abandonnée par les services sociaux

J’ai alors entrepris de contacter un par un tous les organismes sociaux. J’ai écrit au service du logement rue Agrippa d’Aubigné (IVe arrondissement de Paris), me suis rendue à Paris-Habitat (office public chargé du logement social de la capitale), à la direction du logement et de l’habitat de l’hôtel de Ville de Paris, voir le responsable de la politique municipale du logement…

Mon assistante sociale a donné mon signalement à la préfecture qui a reconnu que j’étais « prioritaire » et m’a par ailleurs demandé d’établir une demande de logement loi Dalo [droit au logement opposable, ndlr], ce que j’ai fait. Mais encore une fois, ça n’a rien fait avancer. Les bonnes paroles, l’urgence… se sont perdues dans les dossiers des bureaucrates.

L’un de mes amis où j’ai passé quelques nuits, croyant bien faire, m’a signé un certificat d’hébergement au lieu d’un certificat de domiciliation. L’erreur de terminologie m’a coûté cher : je ne reçois aucune aide financière. J’ai eu beau expliquer que je n’habitais pas chez cette personne, l’administration n’a rien voulu savoir.

Un jour, ne sachant plus où aller, j’ai fini à l’hôtel pendant deux nuits, et j’ai fait une demande de remboursement, mais ça m’a été refusé parce qu’il aurait fallu que j’y passe trois nuits, et non deux !

J’ai contacté Bertrand Delanoë

J’ai donc directement contacté le maire de Paris, Bertrand Delanoë, et lui ai remis une lettre en main propre qu’il a transmis à une conseillère technique chargée du logement. Il a demandé à son adjoint, Jean-Yves Mano, chargé de la direction du logement et de l’habitat, d’examiner mon cas avec « bienveillance ».

Puis plus rien. Ou plutôt si : quelques semaines plus tard, je recevais la même lettre type que j’avais reçue des années auparavant disant que son service examinait mon dossier. Parfaitement insultant.

Révoltée, j’ai fait mon enquête et j’ai découvert qu’une employée de l’administration avait fait une erreur. Je l’ai appelée ensuite mais elle n’a rien voulu savoir.

Normalement, un logement social, et c’est écrit sur le site de la mairie, est attribué en fonction de critères de priorités : absence de domicile, raisons de santé, ancienneté de la demande, regroupement familial… le critère financier n’arrive qu’en cinquième ou sixième position.

Tous ces principes ne valent plus rien aujourd’hui. Ce que le service de l’aide au logement valorise, dans mon dossier, n’est pas que je sois gravement malade et à la rue. Ce qui compte, c’est que mes revenus sont trop modestes ! Je suis donc présumée coupable de ne pas pouvoir payer mon loyer, parce que je n’ai pas beaucoup d’argent. Donc je ne reçois pas de logement social.

Priorité aux riches

Alors je me demande : que deviennent les 40 000 logements sociaux que le maire de Paris dit avoir fait construire ? Que reste-t-il de ce beau stock de logements sociaux, quand on en retire les prêts locatifs aidés, les logements distribués à l’hôtel de ville, à la préfecture, aux maries d’arrondissements, le 1% patronal, les étudiants ?

Sans oublier le principe des réservations. Ce procédé légal permet aux entreprises privées et aux administrations publiques de réserver pendant quinze ans des appartements sociaux pour qui ils veulent, moyennant une forte somme d’argent.

Sans parler, non plus, des logements attribués par le passé à des personnes qui dépassent largement le plafond des logements sociaux : la ministre Christine Boutin s’est chargée de les rassurer. Il leur suffit dorénavant de payer un petit « sur-loyer ».

C’est drôle, d’ailleurs, de voir qu’il existe, à Paris-Habitat, un bureau réservé aux sur-loyers que des personnes qui n’ont rien à faire dans des logements sociaux viennent payer tous les mois pour pouvoir y rester.

Désormais, la commission d’attribution du service du logement de la ville de Paris ne travaille plus que sur les dossiers que lui amènent les associations. Mais quels sont les critères appliqués par ces associations pour sélectionner les dossiers ? Tous les dérapages sont permis. Cette méthode permet à la ville de ne plus être responsable.

Je ne suis plus sûre d’être cynique ou réaliste quand je dis que pour « dégraisser » les longues listes de demandeurs de logements sociaux, la mairie a décidé d’éliminer ceux qui n’ont pas suffisamment de ressources.

Source: rue89.com

5 commentaires

  • christian

    C’est parfaitement écoeurant

  • c’est ignoble, si Coluche voyait ça , dégoutée

  • eagleeyes

    Et il n’y a pas qu’en France qui se passe se genre de chose. Voici un fait presque similaire, mais tout aussi interpellant en Belgique.
    Quentin Van Daele, âgé de 37 ans, souffrant d’un cancer de la peau très virulent et à qui on ne donnait que quelques mois à vivre, a fait reculer la maladie en participant à un essai clinique aux Etats-Unis, mais sa mutuelle lui refuse aujourd’hui le remboursement de ses frais médicaux sur place, peut-on lire samedi dans Le Soir.
    Alors que sa maladie progressait inéluctablement et qu’il avait déjà essayé de nombreux traitement, Quentin Van Daele entend parler d’un médicament expérimental développé dans un hôpital de Floride qui cible précisément son type de cancer. Il se rend sur place en avril dernier, reçoit le traitement et son état s’améliore très fortement. A son retour, il s’adresse à sa mutuelle qui lui demande de solliciter un médecin-conseil pour obtenir l’autorisation de bénéficier de soins à l’étranger dans le futur.

    Le médecin-conseil des Mutualités chrétiennes donne son accord et Quentin Van Daele retourne une fois par mois en Floride pour prendre le traitement, séjournant dans un petit hôtel proche de l’hôpital, son maintien à l’hôpital n’étant pas nécessaire. Mais en août, sa mutuelle refuse d’intervenir pour rembourser les frais des examens tels que scanners, sous prétexte que ces soins étaient ambulatoires.

    Selon le quotidien, la mutuelle s’arc-boute sur le terme ambulatoire, or il n’est jamais cité dans la loi, qui parle d’hospitalisation, terme qui recouvre le traitement dans un hôpital. Quentin Van Daele indique qu’il va bientôt contester l’interprétation de sa mutuelle devant la justice. (belga)

  • Le maximum d’économies réalisé en biaisant le système et en interprétant tout à son avantage, je ne suis pas du tout surpris de cette malhonnêteté! Du tout!