4160 PV à distribuer pour la police de Pau

Ne leur en voulez pas, ils cherchent à nourrir leur famille et n’ont pas le choix, la police se doit de rapporter comme n’importe quel investissement, comme une entreprise, et la valse des contredanse est bien plus importante que la lutte réelle contre la délinquance, cela permet non seulement de faire baisser les statistiques mais également de remplir un peu plus les caisses de l’état. Bref, les flics n’ont pas le choix, il faut qu’ils vous alignent…

Une note interne au commissariat fixe les chiffres à atteindre en 2011 en infractions routières. Y compris les refus d’obtempérer !

 Une note interne impose des quotas aux policiers palois en ce qui concerne la sécurité routière. Archive Luke Laissac
Une note interne impose des quotas aux policiers palois en ce qui concerne la sécurité routière. Archive Luke Laissac

Depuis quelques semaines, « on ne parle que de ça », confie un policier palois : une note interne envoyée courant janvier par la direction départementale de la sécurité publique des Pyrénées-Atlantiques sur la «lutte contre l’insécurité routière». Un document très détaillé diffusé à l’ensemble des brigades du commissariat de Pau que « Sud Ouest » s’est procuré.

Présenté sous la forme d’un tableau, il fixe des quotas d’infractions routières à relever en 2011 pour les douze services concernés (1).

Onze infractions sont référencées : excès de vitesse, conduite sous l’empire d’un état alcoolique, dépistage positif aux stupéfiants, défaut de permis de conduire, défaut d’assurance, non respect d’un stop ou d’un feu tricolore, règles de conduite, non port de la ceinture ou d’un casque pour les deux-roues, défaut d’éclairages ou de feux de signalisation, équipement défectueux et même… les refus d’obtempérer ! Pour l’année, les policiers palois devront en fournir 51.

Autres exemples : il leur est demandé 630 interceptions pour des vitesses au-dessus de la limitation, 450 pour des conduites en état d’ébriété ou encore 1450 pour des entorses aux règles de conduite. Tout confondu, ils ont 4 160 infractions routières à épingler.

« On n’avait jamais vu ça à Pau, s’étrangle un agent. On nous impose de la quantité, du chiffre, et non de la qualité. » « Et comment on fait pour les refus d’obtempérer ?, enchaîne un collègue. On provoque les automobilistes ? On les laisse partir et on les course ensuite ? C’est n’importe quoi et, surtout, ce n’est pas ça notre boulot. »

D’autres s’imaginent déjà à quoi pourraient ressembler les opérations de contrôle pour excès de vitesse, « postés dans une grande ligne droite limitée à 50 km/heure et peu accidentogène mais où vous êtes sûr de faire un carton au radar. »

Coté syndicat, la coupe est pleine. « Bien sûr qu’il faut lutter contre l’insécurité routière mais intelligemment. Là, on veut faire des policiers des robots. Le bon flic c’est celui qui fera du chiffre et se muera en percepteur d’impôt. Car n’oublions pas que le routier, c’est ce qui rapporte le plus aux caisses de l’Etat« , dénonce Joseph Cilluffo, représentant dans les Pyrénées-Atlantiques d’Unité Police-SGP-Force ouvrière (majoritaire). Et ce dernier de s’interroger sur la possibilité de sanction envers les fonctionnaires qui ne rempliraient pas les objectifs.

Ce que réfute le directeur départemental de la sécurité publique, Thierry Alende. « Ces chiffres ne sortent pas de nulle part mais ont été établis à partir de l’activité réalisée par le commissariat en 2010 », explique-t-il. Et le commissaire divisionnaire d’indiquer qu’ils doivent servir de « tableau de bord » aux policiers pour qu' »ils n’oublient pas d’infraction » dans un contexte de hausse des accidents mortels.

« Si on ne verbalise pas et si on ne relève pas d’infractions, alors on ne fait pas notre travail », conclut-il. Un message qui a du mal à passer auprès de ses troupes.

Source: sudouest.fr